Inondations à Aceh : le témoignage bouleversant de Robin Comito, membre de Harapan di Gajah au cœur du désastre

Présente depuis plusieurs mois dans le nord de Sumatra, l’association Harapan di Gajah travaille aux côtés des habitants pour réduire les conflits entre humains et éléphants, dans une région où la déforestation et la pression agricole fragilisent profondément la faune comme les communautés locales.
En août dernier, l’organisation avait réussi à instaurer une forme de coexistence apaisée, en formant les villageois à des méthodes non violentes permettant de détourner les éléphants des zones à risque.

Mais depuis la fin novembre, un autre danger s’est abattu sur le village de Karang Ampar, où l’équipe de l’association était présente : des inondations d’une ampleur exceptionnelle, consécutives à des pluies torrentielles.
Robin Comito, membre de l’association, témoin direct de la catastrophe, raconte ce qu’il a vécu. Son témoignage retrace l’effondrement d’un territoire déjà fragilisé et la détresse des habitants laissés sans ressources, coupés du monde.

Le témoignage

« Je suis en Indonésie depuis le 23 novembre. Deux jours après mon arrivée, je me suis rendu à Karang Ampar, au cœur de la province d’Aceh. Les habitants venaient d’être frappés par les inondations dont les images ont circulé à la télévision. Pendant une semaine, la pluie est tombée sans interruption. Nuit et jour, sans répit. L’eau montait partout, jusqu’aux genoux.

Une partie du village a été détruite. Des dizaines de maisons ont été emportées. Plus de dix personnes sont portées disparues. La seule route reliant Karang Ampar à la ville a disparu sous plus de vingt glissements de terrain. Le pont principal a été arraché et déplacé sur plus d’un kilomètre. La rivière, large d’environ cinquante mètres d’ordinaire, s’est étendue brutalement jusqu’à atteindre cinq cents mètres en une seule nuit.

Très vite, tout a manqué : plus d’électricité, plus d’eau, plus de provisions, plus aucun réseau. Les villages autour ont été isolés du reste du monde. Nous avons dû marcher deux jours pour quitter Karang Ampar.

Les habitants étaient pétrifiés. Certains anciens pleuraient. Les familles se tenaient serrées. J’ai vu des parents entamer une marche de quatre-vingts kilomètres, bébé dans les bras, dans l’espoir de rejoindre une ville encore accessible.

Deux câbles ont été installés pour tenter de traverser la rivière. Les habitants essayaient tant bien que mal de dégager les routes, mais cela prendra des mois. La route nationale a été coupée en plusieurs points, et les ponts n’existent plus. Là où il y avait des chemins, il ne reste que des crevasses.

Des conducteurs ont tenté de faire des navettes pour évacuer les villageois. Des centaines de personnes partaient chaque jour. C’était un désastre.

Chaque habitant que j’ai croisé m’a demandé la même chose : filmer, photographier, documenter cette catastrophe et la partager. Ils voulaient que le monde sache.

Ceux qui restent vont devoir parcourir des distances inimaginables pour ramener de l’eau, de la nourriture, des informations. Ils vont devoir survivre.

Je vais essayer de diffuser un maximum d’images et de trouver un moyen de soutenir Karang Ampar. Peut-être une cagnotte, peut-être une collecte : je ne sais pas encore. Mais il faut faire quelque chose, même si ce n’est pas grand-chose. Un vaut toujours mieux que zéro.

La situation est dramatique. J’ai peur pour mes amis restés sur place et pour ceux qui n’ont pas pu quitter le village. Depuis mon arrivée en ville, je n’ai plus aucune nouvelle, et je n’en aurai probablement pas avant plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois.

J’ai compris l’ampleur de la catastrophe seulement en retrouvant du réseau, en découvrant à quel point la région avait été touchée.

J’espère que la réponse internationale sera à la hauteur. »

Article à retrouver Animactu : https://animactu.fr/inondations-a-aceh-le-temoignage-bouleversant-de-robin-comito-membre-de-harapan-di-gajah-au-coeur-du-desastre/

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